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23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 11:29

 

Le majordome avait une nouvelle fois remplacé Mrs Fortew auprès des deux invités. Midwall jugea opportun de l’interroger dès qu’elle sortit du petit salon. Elle sourit à peine quand le sergeant se présenta à elle. Elle parut peu bavarde mais le peu qu’elle dit se révéla bien utile.

« Mrs Fortew, Monsieur Ellroy se trouvait dans son bureau en fin d’après-midi ; avez-vous vu quelque chose d’inhabituel ?

-Non. Rien. Mis à part que Philip est allé voir le Maître.

-Quelle heure était-il ?

-Je ne saurais vous le dire. Mais le Maître semblait furieux.

-Pour quelle raison ? »

La domestique parût choquée.

« Je ne suis pas du genre à écouter aux portes. Je suis allée voir Mrs Ellroy dans ses appartements, pour avoir son avis sur le dîner.

-Et ensuite ?

-Ensuite, je suis retournée en cuisine pour aider Mrs Edwards.

-Monsieur Ellroy était-il toujours aussi…furieux envers le majordome quand vous êtes partie ?

-Oui. Mais pas contre Philip. Contre son fils. Et je n’ai rien entendu…enfin, ce que je veux dire, c’est ce que je n’ai pas fait attention à ce qu’ils se disaient. De toute façon, cela ne me regardait pas.

-Je comprends, Mrs Fortew. Je vous remercie. »

 

En repartant vers le petit salon, il croisa un jeune homme mal habillé et particulièrement boueux. Il était de grande taille et assez séduisant, sous toute cette saleté. Il avait le sourire sur le bout des lèvres. Midwall en déduisit – ce n’était pas si difficile que cela – qu’il s’agissait du jardinier.

« Sergeant Midwall. Vous devez être le jardinier, je présume.

-Oui, je suis le jardinier. Je m’appelle Marvin Harley. J’ai appris que M.Ellroy était mort.

-En effet. Qui vous appris cela ?

-Tout se sait rapidement ici. Mais si vous voulez le savoir ; je l’ai appris par Mrs Edwards, la cui…

-La cuisinière, je sais. Vous ne semblez pas bouleversé par sa mort.

-Pourquoi le serais-je ? Ce n’était qu’un vieux râleur, jamais satisfait et qui payait mal en plus.

-S’il vous payait mal, pourquoi travailler ici ?

-Où voulez-vous que je trouve un travail ? Quitter le manoir…c’est à vos risques et périls.

-A vos risques et périls ?

-Il avait la main longue, le Maître. Il pouvait détruire la carrière d’un homme en un seul claquement de doigts. C’est ce qui a permis à son cr…à son fils de ne jamais finir en prison. Il sait, enfin, il savait utiliser son influence.

-Oui, je suis au courant. Où étiez-vous vers huit heures ?

-Vous m’accusez d’avoir tué le Maître ? C’est bien mon jour ! Mais je vais tout de même vous le dire. Nu-lle-part. J’étais tout seul. Parfaitement seul. Et je n’ai rien à me reprocher.

-A vous reprocher ?

-Je sais ce que vous vous dites. Mais je n’ai rien fait.

-Vous pourrez donc m’expliquer certaines choses. J’ai découvert dans le nez de M.Ellroy des feuilles de basilic.

-Du basilic ? Je ne comprends pas ce que j’ai à voir avec cela.

-Vous êtes le jardinier. Je pensais que vous pourriez me dire ce que cela peut signifier pour vous.

-Pour moi ? La bonne blague ! Le basilic…on s’en sert pour cuisiner, ou…c’est peut-être une histoire de symbolisme.

-De…symbolisme ?

-Toutes les plantes ont une signification. Le basilic signifie le mépris. Selon moi, votre meurtrier haïssait assez le Maître, pour faire cela. Vous ne croyez pas, Sergeant  ? »

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22 octobre 2016 6 22 /10 /octobre /2016 20:12

 

Sous sa couverture

L'enfant apeuré

Se protège de ses cauchemars

 

 

 

Dîner aux chandelles -

Les larmes de la jeune femme

A la bague

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16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 20:06

 

Le majordome conduisit le sergeant Midwall jusqu’à la cuisine, empruntant un dédale de couloirs et corridors. Midwall prit soin de repérer chaque détail des lieux, pour ne pas se perdre. Il pourrait toujours demander au majordome de l’accompagner. Ou s’abstenir.

La cuisine se révéla plus grande qu’il ne l’avait imaginée, et d’un ordre méticuleux. Un escalier en colimaçon permettait d’accéder aux chambres des domestiques. Une porte fraîchement repeinte frémissait sous l’effet de la tempête.

Miss Stana était assise près du fourneau. Elle murmurait quelques mots – peut-être dans sa langue maternelle – qui restaient pour le moins incompréhensibles. La cuisinière, Mrs Edwards tentait de la calmer.

« Il serait grand temps que Miss Stana reprenne ses esprits, critiqua le majordome. Le sergeant Midwall voudrait lui poser quelques questions sur le meurtre de Monsieur.

-Vous et votre délicatesse de majordome, rétorqua la cuisinière. Vous n’êtes qu’un simple employé. Inutile de prendre vos grands airs !

-Vous êtes trop aimable, feinta-t-il. Je m’en souviendrai. »

Le sergeant adressa ses remerciements à Philip et l’autorisa à retourner auprès des invités.

« Nous voilà enfin débarrassés de ce vieux grincheux, soupira Mrs Edwards. »

Midwall dévisagea cette femme au franc parler. Ses cheveux étaient tirés en arrière et rassemblés en un chignon serré. Son caractère bien trempé se reflétait sur son visage énergique, et son regard strict.

« Vous êtes Mrs…

-Mrs Edwards. Nita Edwards. Je suis la cuisinière de la famille Ellroy depuis de nombreuses années. Je ne sais plus depuis combien de temps…Oh ! Ça doit faire une bonne vingtaine d’années. Si j’avais pu imaginer ce qui allait se passer…J’étais ici à préparer le dîner depuis au moins deux heures, avec Mrs Fortew et Stana.

-Je vous demande pardon, mais qui est Mrs Fortew ?

-Angela Fortew est l’une des domestiques. Avec Miss Stana.

-Et donc vous prépariez le dîner…

-Oui. J’étais ici quand on m’a prévenu de la mort de M.Ellroy.

-Prévenu ? Qui vous a prévenu ?

-Miss Stana. Enfin presque. »

Midwall était dubitatif. Il ne comprenait pas. Pas vraiment.

« Je ne comprends pas.

-Oh ! Excusez-moi. Je me suis mal exprimée. Quand elle, Miss Stana je veux dire, est venue ici tout affolée. Elle m’a dit que quelqu’un était mort. Enfin j’ai compris que quelqu’un était mort. Et qu’il s’agissait de M.Ellroy.

-Que pensez-vous de lui ? De M.George Ellroy, je veux dire.

-Pas mieux que les autres. Un caractère intransigeant et autoritaire. Il n’était aimé de personne. A commencer par son fils. Ils se disputaient constamment. Il faut dire que le fiston n’est pas facile à vivre. Toujours à faire les quatre cents coups. Il s’est même fait arrêter plusieurs fois par la police, c’est vous dire !

-Pourtant, il n’a pas été inquiété.

-Parce que son père le sortait toujours d’affaire, pour éviter le scandale. Même ses relations avec Mrs Ellroy-Duchamp…

-Mrs ?

-C’est sa mère. Alicia Ellroy-Duchamp. Elle quitte rarement sa chambre et elle est toujours en compagnie de Mrs Rooney, l’ancienne nourrice de la famille. J’ai entendu dire que c’est elle qui est propriétaire du manoir, depuis la mort de son époux. Elle n’a jamais accepté le second mariage de son fils. Il faut dire que sa belle-fille est une…profiteuse, une…

-Une arriviste ?

-Oui, une arriviste. Elle est bonne comédienne, vous savez. Elle fait croire à tout le monde qu’elle l’aime mais en fait, elle l’a épousé pour son argent. Excusez-moi, mais la cuisine n’attend pas. »

Midwall ne sut quoi dire sur le moment. Puis, se tournant vers la jeune Stana, il demanda à cette dernière, avec un ton compatissant, de répondre à quelques questions. Elle accepta de répondre du mieux qu’elle pourrait.

« Miss Stana, je sais que vous vivez des moments difficiles mais pouvez-vous me raconter le déroulement des évènements de ce soir ?

-Je voulais prévenir M.Ellroy que le dîner allait être servi. Il fallait qu’il soit prêt pour 8 heures. Il était très à cheval sur les horaires. Il n’acceptait aucun retard.

-Et si cela arrivait ?

-Oh ! Mon Dieu ! Il vaut mieux ne pas y penser. Il faut dire que le maître n’avait aucune patience. Il pouvait se mettre en colère si l’on avait le malheur de le faire attendre. Il ne fallait surtout pas chercher d’excuse sous peine de perdre sa place.

-J’ai frappé plusieurs fois à la porte du bureau pendant cinq bonnes minutes mais je n’ai pas entendu de réponse. Alors je suis entrée et c’est là que j’ai vu…que je l’ai vu, dans son fauteuil... »

Stana se remit aussitôt à pleurer.

 

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15 octobre 2016 6 15 /10 /octobre /2016 20:10

 

Panne de courant -

Les bougies redeviennent

A la mode

 

 

Le gâteau devient

Plus lourd chaque année -

Une bougie en plus

 

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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 20:09

 

J'ai cueilli une rose

Mais elle s'est fanée

J'en ai cueillie une autre

Mais elle n'a pas duré

 

J'ai coupé une rose

Mais elle s'est envolée

J'en ai coupée une autre

Mais je ne sais pas où elle est tombée

 

J'ai dessiné une rose

Sur une feuille de papier

J'en ai dessinée une autre

Et je les ai gardées.

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Published by Bertrand - dans Poésie
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9 octobre 2016 7 09 /10 /octobre /2016 16:05

 

Le sergeant demanda si quelqu’un était venu voir le défunt. Philip secoua la tête.

« A vrai dire, je ne sais pas. J’étais avec les invités.

-Les invités ? Quels invités ?

-Le Maître avait invité le pasteur Lawrence et son associé M.Ford.

-Où sont-ils ?

-Dans le petit salon.

-Vous n’avez rien entendu ? Il a du probablement crier au moment où son meurtrier l’a poignardé.

-Non. Personne n’a entendu Monsieur crier. La seule personne à avoir crié est Miss Stana, la jeune domestique. Elle est devenue complètement hystérique après avoir découvert le corps.

-Quelle heure était-il ?

-Je ne saurais vous le dire précisément, mais je pense qu’il devait être environ huit heures. Il avait été demandé à Miss Stana de prévenir Monsieur Ellroy que ses invités l’attendaient dans la salle à manger. On a appelé la police tout de suite après.

-Donc, il serait mort vers huit heures. On a dû mettre la main devant sa bouche. Probablement un gant. Il le poignarde d’un seul coup dans le cœur avec le coupe-papier. Avec beaucoup de sang-froid, il place des feuilles dans son nez. Il savait ce qu’il faisait. C’est donc un meurtre avec préméditation. Mais pourquoi ? Quelqu’un lui en voulait ?

-Au point de le tuer ? Je ne crois pas. Il pouvait être sévère avec le personnel mais personne ici n’irait jusqu’à le tuer. »

 

Harry Midwall examina la pièce. Rien de suspect. Tout était correctement rangé. Pas un seul document sur le sous-main. Que faisait-il donc à son bureau ? Des dossiers, des relevés de compte, des factures marquées PAYEE étaient soigneusement classés dans les tiroirs.

Après s’être baissé pour regarder dans le dernier classeur, Midwall remarqua que le point gauche du défunt était serré. Etrangement serré. Quand il l’ouvrit, il y trouva un morceau de papier déchiré. Quelque chose y était inscrit mais cela n’avait rien d’une lettre ou d’un chiffre.

Il remarqua derrière lui, une corbeille remplie de papiers chiffonnés, raturés, déchirés. Probablement des brouillons de lettres. Quelques informations qui auraient très bien pu finir dans le feu de la cheminée. Pourtant elles avaient fini dans une corbeille à papier. Cela devait signifier qu’il ne s’agissait que de documents sans grande importance. Ou qui paraissaient comme tels. A y regarder de plus près, l’un des brouillons semblait étrangement différent des autres.

Il le saisit, de ses mains gantées ; il s’agissait d’une lettre écrite par George Ellroy, à un certain Fulton, le notaire de la famille.

 

M.George ELLROY

Manoir ELLROY

St Mabyn

 

16 Mars 19

 

M.Henry FULTON

Notaire

7 Cornwall Street

St Mabyn

 

Cher Maître,

 

Je vous écris au sujet de mon testament que je vous ai fait parvenir le mois dernier et qui faisait de mon fils William mon unique héritier.

Mais depuis quelques semaines, je songe à le déshériter. Mon fils ne cesse de dépenser l’argent sans réfléchir, pour son bon plaisir, à fréquenter les champs de courses et pire que tout, des personnes peu fréquentables.

Ses aventures sont malheureusement connues de tout le village et peut-être de tout le comté (ses exploits vont bien au-delà de St Mabyn).

Je ne tolère plus son comportement et son manque de sérieux. Je ne souhaite pas que la fortune familiale disparaisse par sa faute.

J’y ai longtemps réfléchi et je pense que son cousin Alfred sera plus à même de gérer Ellroy&Ford Bank que mon idiot de fils.

C’est pourquoi je souhaiterais que vous veniez au Manoir demain dans la matinée afin de procéder à la rédaction d’un nouveau testament.

Je vous prie d'agréer cher Maître l'expression des mes respectueuses et sincères salutations.

 

Georg

 

La fin de la lettre était interrompue, sur la signature inachevée de George Ellroy. Midwall fit tout de suite le rapprochement avec le bout de papier qu’il tenait encore entre ses mains. Tout se superposait parfaitement.

« George Ellroy était en train d’écrire cette lettre quand il est dérangé. Il arrête d’écrire. Il parle à son interlocuteur qui s’approche de lui pour une raison X ou Y et le tue. Il prend la lettre dont une partie reste serrée dans la main de la victime et la met à la poubelle comme n’importe quel brouillon au lieu de la brûler. Stupidité ou ruse ? Ruse ou stupidité ? Toute cette histoire me paraît plus compliquée qu’elle n’en a l’air. »

 

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7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 16:49

 

Bruits de voiture

Klaxon et coup de frein -

Musique de ville

 

 

Le cheval s'agite

La calèche tremble -

Hurlements du cocher

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Published by Bertrand - dans Haïku Senryû
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2 octobre 2016 7 02 /10 /octobre /2016 11:03

 

 

Les invités étaient retournés au petit salon. Il était préférable qu’ils y restent, le temps d’improviser le dîner.  

Mrs Fortew, l’autre domestique, leur avait apporté du café.

Angela Fortew était peut-être la plus âgée du personnel. Elle avait le teint blanc et le front ridé. Elle portait un grain de beauté en bas du visage. De taille moyenne, elle n’avait aucun charme – mais n’était pas pour autant affligée de laideur.

Le café ainsi donné, qui ne se refusait pas en un tel moment, elle retourna aux cuisines.

Le majordome retourna voir M.Ford et le pasteur Lawrence. Il les informa de la prochaine arrivée de la police et s’excusa auprès d’eux pour cette malheureuse affaire.

Cole Ford haussa les épaules, et le pasteur Lawrence prononça une quelconque phrase biblique.

 

Quelques instants plus tard, on frappa à la porte. Philip ouvrit la porte. Il s’agissait d’un policier qui se présenta comme étant le sergeant Harry Midwall. D’âge mûr, il était de taille moyenne, mais sa carrure faisait qu’il paraissait plus grand.

Quand il donna son manteau au majordome, il s’excusa qu’il soit mouillé. Cela laissa découvrir un costume noir parfaitement taillé, une cravate rayée et une chemise blanche, parfaitement blanche. Ses souliers vernis lui donnaient une curieuse démarche.

« M. Ellroy est en haut, dans son bureau. J’ai prévenu tout le monde de ne pas toucher à son corps, comme vous ne l’avez recommandé au téléphone.

-M. William Ellroy ?

-Non. Il s’agit du Maître. M.George Ellroy, le père. »

Le sergeant Midwall fut surpris. Il s’était fait à l’idée qu’il s’agissait du fils Ellroy. Celui qui créait toujours toutes sortes de problèmes. Mais l’argent de son père faisait toujours son effet sur les autorités du coin, selon les rumeurs qui circulaient.

« Pouvez-vous me montrer la scène du crime, Monsieur…

-Je suis Philip le majordome de la famille.

-Monsieur Philip. »

Le majordome inclina la tête et lui fit signe de le suivre. Ils grimpèrent un escalier de marbre d’une vingtaine de marches. Midwall avait commencé à les compter mais s’arrêta quand il entendit quelqu’un pleurer. Une voix aigüe et saccadée.

« C’est Mrs Ellroy, l’épouse de Monsieur. On lui a dit que Monsieur avait eu un malaise sans entrer dans les détails.

-Vous avez bien fait. »

Philip et Midwall passèrent devant une porte ouverte. Midwall en profita pour jeter un coup d’œil. Une personne, âgée, était assise à côté de la fenêtre dans un fauteuil pourpre de style Une femme, d’une soixante d’années, était assise à ses côtés et lui tenait la main. Elle lui parlait à voix basse. Elle la consolait, probablement.

Ils dépassèrent encore deux portes, cette fois fermées, et atteignirent le bureau.

De la pièce, s’échappait une atmosphère étrange. Presque oppressante. Les tentures vert foncé avaient été tirées Le feu crépitait encore dans la cheminée. Georges Ellroy était assis dans son fauteuil, la tête en arrière, la bouche et les yeux grands ouverts. Un objet avait été planté dans son cœur. Midwall remarqua, en examinant le bureau, qu’il manquait un coupe-papier. C’est sans doute cela qui avait servi à poignarder M.Ellroy.

« Monsieur…Philip, n’avez-vous prévenu que la police ?

-Oui. Dans la précipitation, j’ai pensé que c’était le plus important à faire.

-Oui, oui. Je vous comprends. Mais maintenant, vous pouvez appeler le médecin légiste Fillroy. Je dois avoir sa carte quelque part. Je crois que celui-ci nous sera très utile. »

Avant de quitter la pièce, carte en main, Philip fut rappelé par le commissaire.

« Téléphonez-lui de ma part. Et dites-lui de venir au plus vite. »

 

Philip passa le coup de fil demandé. La première fois, personne ne répondit. La seconde fois, une voix faible grésilla dans le téléphone. Le docteur Filroy s’excusa aussitôt de ne pouvoir mieux s’exprimer mais il était malade depuis quelques jours, un rhume effroyable Le majordome lui apprit qu’Harry Midwall avait besoin de ses services. Filroy se félicita de l’intérêt que lui portait son vieil ami mais il devait décliner l’invitation. Il allait trop mal et la tempête sévissait dans tout le comté. Il ne pouvait pas venir. Peut-être demain, si sa santé et le temps le lui permettaient. Il demanda de saluer Harry de sa part.

Le sergeant parut contrarié, en apprenant la nouvelle. Il avait espéré de l’aide. Enfin, il devrait s’en passer jusqu’à ce que la tempête se calme. Au moins, jusqu’au lendemain.

Il s’approcha du corps. Il l’examina sous tous les angles. Le visage de George Ellroy exprimait la surprise. Ses cheveux blancs – les quelques-uns qui lui restaient encore – étaient ramenés en arrière et décoiffés. Pas de trace, apparemment.

En s’avançant d’un peu plus près, Midwall remarqua que quelque chose dépassait de son nez. Quelque chose de vert roulé en cigarette, profondément enfoncé dans les narines.

« C’est bien étrange. Oui, bien étrange. C’est bien la première fois que je vois quelque chose de pareil. Monsieur le majordome, avez-vous une…une pince à épiler à me prêter ?

-Une pince à épiler ? Puis-je me permettre de demander pourquoi ? »

Le policier eut un large sourire, un peu rieur.

« Vous me semblez être quelqu’un qui s’intéresse à tout. Vous connaissez toutes les habitudes de cette maison. Je me permettrai donc de vous interroger plus tard. Mais il me faut tout de même une pince.

-Je crois que Monsieur en gardait une dans son bureau. Le premier tiroir de droite. Monsieur collectionnait les timbres ; il avait une très belle collection. Il passait des heures à les trier et à les ranger.

-Merci. Elle va m’être utile. »

Midwall ouvrit le tiroir et fouilla. Il trouva une curieuse pince. Jamais il n’en avait vu de semblable. Elle était d’une taille plutôt surprenante – plus longue qu’à l’accoutumée – et se finissait par deux têtes plates. Elle était d’un métal doré et portait les initiales G.E.

Il la prit et tira avec délicatesse sur ce qui sortait des narines du défunt.

« Savez-vous ce que c’est, Monsieur…Philip ?

-Non, Monsieur le Commissaire, je n’en ai aucune idée.

-Ce sont des feuilles de basilic.

-De basilic ? Pourquoi coincer du basilic dans son nez ?

-Je ne sais pas encore. Ce meurtre est bien étrange. »

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28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 13:50

 

En secouant la branche

J’ai fait tomber

Une pluie de châtaignes.

 

 

Les feuilles jaunissent

Parfois, elles tombent –

Histoires d’automne

 

 

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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 14:54

 

Peu avant huit heures, Philip vint chercher les invités au petit salon afin de les conduire à la salle à manger. Il fallait traverser l’immense entrée, puis un long couloir décoré de tableaux représentant la dynastie des Ellroy et quelques chefs-d’œuvre d’art contemporain. Il y avait une petite porte, peu avant le couloir, qui menait près de l’escalier. Elle s’ouvrit brusquement, avec grincements et violence. Le vent s’engouffra dans la pièce. Un jeune homme, la vingtaine, entra. Il portait une salopette bleue usée, ainsi que des gants. Ses bottes qu’il avait au pied suintaient à chaque pas. Il s’essuya le visage avec sa manche.

« Bon sang, quel temps ! Un véritable déluge… »

Il remarqua soudain la présence du majordome et des deux invités.

« Excusez-moi, messieurs. Je croyais être seul. Je suis Marvin. Marvin Harley, le jardinier de la famille. »

Le majordome rétorqua d’un air pincé.

« Marvin, je vous prierais la prochaine fois d’utiliser la porte de l’office non celle-ci.

-Philip, ne soyez pas vieux jeu ! Ce n’est pas la première fois que j’entre par cette porte. De toute façon, avec toute cette pluie, je suis assez propre. Mais pour vous faire plaisir, je vais retirer mes bottes.

-Je vous remercie de votre courtoisie, Marvin. Je ne veux pas voir ces horreurs traîner. Rangez-les à leur place et allez aider en cuisine. Au moins, vous serez utile à quelque chose.

-Elles se débrouillent très bien sans moi. Mrs Ellroy a probablement dû vous le dire, je suis invité à dîner avec vous. Vous pouvez aller vérifier auprès d’elle si vous voulez. Mais ce serait une perte de temps. »

Le jardiner se dirigea en chaussettes vers la cuisine en laissant des traces humides sur le sol.

« Je trouve ce jeune homme impoli, fit remarquer Cole Ford. Est-il toujours comme cela ?

-Il adore se faire remarquer. Mais c’est un bon à rien. Il ne sait pas différencier les roses des tulipes. Son père, c’était autre chose. Un excellent jardinier. C’est son fils qui lui a succédé quand il a décidé d’arrêter. C’est bien dommage. »

*

La salle à manger occupait l’aile ouest du manoir. On y accédait par une double porte. La pièce dégageait une impression de confort luxueux dû à l’ameublement raffiné et à la décoration de bon goût. Un lustre magnifique, probablement en cristal, dispensait une clarté rassurante. Le crépitement des bûches dans la cheminée complétait cette sensation de bien-être. Une armure de grande beauté et un bar faisant face à de confortables fauteuils donnaient une touche masculine à l’ensemble.

« Cette pièce est superbe, avoua Cole Ford. Je ne me souvenais plus qu’elle ressemblait à cela.

-C’est parce que M. Ellroy l’a totalement fait redécorer, il y a trois mois, il me semble. C’est Monsieur qui a personnellement choisi les tapis et la décor…»

Un cri vint surprendre les trois hommes. Un cri irrégulier et strident, suivi par des Mon Dieu. Au secours. C’est terrible.

Philip reconnut la voix de Stana.

« Qu’a-t-elle encore ? murmura-t-il. »

Quelqu’un ouvrit brusquement les doubles portes de la salle à manger. La vieille nourrice apparut, le visage livide, complètement paniquée.

« C’est horrible ! M.Ellroy est mort ! »

Personne ne sembla réaliser sur le moment ce qui se passait. Le pasteur regarda Cole Ford, qui regarda le majordome.

« Que me racontez-vous là ?

-M. Ellroy est mort. Stana voulait le prévenir que le dîner allait être servi quand elle l’a découvert mort.

-Mon Dieu, il n’a pas eu le réconfort de Dieu, dans ses derniers instants. Mais où ai-je mis mes cachets, ajouta le Pasteur, d’un air contrarié.

-Il a peut-être eu un malaise. Une crise cardiaque, assura M.Ford.

-Non, monsieur. C’est bien pire. Il…il…

-Reprenez vos esprits, Mrs Rooney, s’agaça Philip, dites-nous ce qu’il s’est passé.

-Oh ! M.Philip. M.Ellroy a été assassiné ! »

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