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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 16:24

 

 

« Alors, Sergeant dites-moi qui est le meurtrier ? Attendez...Laissez-moi deviner, s’enthousiasma Wyatt. Je suis sûr qu’il s’agit du fiston. Un enfant à problème. Tout s’explique ! La lettre au notaire, les assassinats ! Tout est simple. C’est un sacré menteur, le fils Ellroy. Comme avec cette histoire de livre….le…

-Le triomphe du taxidermiste.

-Oui, le triomphe du…enfin. Il vous a menti là-dessus. Confondre un H.G. Welles avec du Edgar Allan Poe…Pouah ! Indigeste ! »

Wyatt se laissa tomber sur sa chaise. Il se mit à rire.

« Oh ! Wyatt ! Ne soyez pas si mélodramatique ! William Ellroy est plus intelligent que l’on pourrait le croire. Oui, certes, il s’est trompé, mais l’a-t-il fait vraiment ?

-Je ne vous suis pas. Je croyais qu’il s’était trompé.

-Il s’est trompé. Bel et bien trompé. Peut-être volontairement.

-Volontairement ? Mais pourquoi ?

-Par jeu. Ou par provocation. Le fils est du genre joueur. Même s’il sait qu’il va perdre à la fin, ce qui l’intéresse c’est le grand frisson du jeu. Son père l’a toujours secouru, quand il avait des problèmes ; mais là, une partie d’échec se joue entre lui et moi et il s’est amusé à y jouer. C’est ce qu’il y a de plus exaltant ; jouer avec le feu au risque de se brûler les doigts.

-Mais il a bien commis les meurtres ? Je suis sûr que oui. Tout est une question d’argent dans la vie. William Ellroy apprend par je-ne-sais-quelle combine que son père le déshérite suite à une énième dispute. Il a encore fait les quatre cents coups ; son père est agacé et vlam !  (il frappa entre les mains) il lui dit qu’il le radie du testament. William attrape le coupe-papier, machinalement, et poignarde son père. Il réalise ce qu’il a fait, prend la lettre au notaire que son père écrivait et la jette dans la poubelle – ce qui est complètement bête – et quitte la pièce. Et quand vous l’interrogez sur le testament, il fait croire qu’il n’est au courant de rien, mais il ment, bien sûr. Il connaît l’existence de la lettre au notaire.

-Et le basilic ?

-Je vous demande pardon ? Le…le basilic ? Ah ! Le basilic qu’il avait dans le nez ? Eh bien…Je ne sais pas quoi…Le jardinier ! Il…William Ellroy, veut l’incriminer, détourner les soupçons et trouve cette idée excellente. Quand on découvrira les feuilles de basilic dans le nez, on pensera que c’est le jardinier, à cause de cette histoire de langage. La victime était haïe de tous, après tout. »

 

**

 

Richard Wyatt réfléchit quelques instants, se basculant sur sa chaise.

« Quant aux autres…Il fait une pierre deux coups. Il les assassine les unes après les autres pour être sûr d’hériter toute la fortune et les soupçons vont sur le jardinier, l’amant de la jeune veuve. »

Toujours plein d’enthousiasme, le sergent se leva de sa chaise. Il fit mille et uns gestes.

« Wyatt, ironisa Midwall, vous m’étonnerez toujours.

-Je...je ne sais pas si je dois le prendre comme un compliment…mais…

-Mais faites-le comme tel. »

Wyatt esquissa un sourire de gratitude.

« Le jardinier…reprit-il. Le jardinier. Il pourrait bien être le coupable…Oh ! Mon Dieu ! Cette affaire n’a pas l’air aussi simple, que je l’aurai cru.

-Qui l’eut cru ? Et le jardinier, Marvin Harley ?

-Le…Ah ! Il était amoureux de la maîtresse de maison, je crois. Quoi de mieux que la mort du mari. Et puis, il connaît les plantes…enfin, leur langage. Le basilic pour le mépris, la châtaigne pour la jalousie, la queue de renard pour la malice.

-Avec une telle mise en scène, il se désigne lui-même comme le principal suspect.

-Je suis désolé de vous contredire, Sergeant, mais je ne crois pas. Pas avant que vous découvriez les lettres cachées dans la chambre de Mrs Ellroy. Qu’il a dû tuer.

-Qu’il a dû tuer ? En êtes-vous certain ?

-En fait…pas vraiment. Mais comment expliquer son meurtre alors ? Marvin Harley lui confesse le meurtre de son mari, et pour détourner les soupçons, jette la lettre au notaire dans la poubelle et non dans le feu pour être sûr qu’on la trouve. Mais son amante ne réagit pas comme il l’avait espéré. Elle veut probablement le dénoncer. Il panique et l’étouffe avec ce qu’il trouve sous la main. L’oreiller ! Non ! Le coussin ! Mrs Ellroy est encore faible avec les somnifères qu’elle vient de prendre. Mais quand il sort de la chambre, il est vu par la vieille nourrice, Mrs Rooney. Elle doit se douter de quelque chose. Il la tue également. Il se cache dans une chambre quand il vous voit monter à l’étage avec le majordome et il attend votre départ pour sortir. Il est assez rapide pour rejoindre les cuisines en peu de temps. L’alibi parfait. Enfin presque. Il y a Mrs Ellroy-Duchamp, malgré son grand âge, qui voit tout, qui sait tout. Et elle sait. Alors il l’étrangle. Violement. Et place une queue de renard sur ses yeux…Misère ! (Il secoua la tête) C’est trop facile, beaucoup trop facile. Nous avons deux suspects. Deux meurtriers possibles…Mais lequel…

-Wyatt, vous oubliez quelqu’un.

-Qui ? Les domestiques ? Les invités ? Non, je ne vois personne.

-Si, insista Harry Midwall. Il y a encore une personne qui avait un parfait mobile. Le collaborateur de George Ellroy, Cole Ford.

-Lui ? Mais qu’avait-il à gagner ?

-La liberté. Il était sous l’emprise de Monsieur Ellroy que tout le monde qualifiait de tyrannique. Cole Ford est invité, avec le pasteur Lawrence. Quelle occasion ! Il profite de l’endormissement du vieux pasteur pour aller tuer George Ellroy. Il le poignarde, place le basilic dans ses narines, et jette la lettre au notaire dans la corbeille à papier pour être sûr qu’on la trouve. Il aurait été plus simple de la jeter dans la cheminée. Mais non ! Qui ferait une chose pareille ? Quelqu’un qui veut détourner les soupçons sur les autres. Il fait ce qu’il doit faire et retourne au petit salon comme si ne rien n’était. Pour s’absenter, il prétend une affaire personnelle qui l’amène à la salle de bain du premier étage. Quelle belle excuse !

-Mais pourquoi les autres victimes ? Qu’ont-elles à voir avec ce meurtre ?

-Mais elles ne sont là que pour brouiller les pistes. Mrs Ellroy et sa relation secrète avec le jardinier. Mrs Rooney qui se trouve au mauvais endroit, au mauvais moment. Et Mrs Ellroy-Duchamp qui a tout vu et se taire plutôt que de me dire la vérité ; ce qui lui sera fatal. Pour Ford, commettre ces meurtres est facile, sans la moindre crainte d’être soupçonné. Les plantes, la relation interdite entre le jardinier et la maîtresse de maison ; et puis il y a le fils, qui se trompe dans l’auteur du livre qu’il prétend avoir lu. Rien ne peut le soupçonner. Mis à part son erreur.

-Quelle erreur ? Ses courtes absences ? Trop peu de temps pour commettre un meurtre »

Midwall s’assit sur le rebord du bureau et regarda par la fenêtre.

-Il y a d’abord cette histoire de testament. Il m’a parlé que George Ellroy voulait changer de testament, mais personne n’était au courant, pas même son fils avec qui il se querellait souvent. Les disputes auraient été une bonne occasion pour lui avouer ce qu’il allait faire mais non, il a tenu son projet secret. Le seul moyen qu’ait pu avoir Cole Ford de connaître l’existence de ce changement est quand il est allé dans son bureau pour le tuer. Jeter la lettre dans la poubelle n’était qu’un moyen maladroit de détourner les soupçons sur les autres. Le pasteur est un bon alibi mais hélas ce dernier a tendance à s’endormir. De la narcolepsie. M.Ford le savait et le pasteur lui procure un excellent alibi. Mais il a été trop sûr de lui, ce qui lui a fait commettre une erreur. Il s’est trahi lui-même sans s’en rendre compte. »

 

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4 décembre 2016 7 04 /12 /décembre /2016 22:08

 

 

A vous de jouer…

 

Qui est le coupable ?

 

Indices :

 

Les plantes parlent toujours.

L’argent est un bon serviteur mais un mauvais maître.

Il ne doit pas être de bonne foi.

Il connaît les chemins du Labyrinthe.

L’erreur est humaine.

….

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4 décembre 2016 7 04 /12 /décembre /2016 22:02

 

 

Malheureusement, la nouvelle de la mort de Mrs Ellroy-Duchamp se répandit vite au manoir. Ellroy fils s’en était chargé avec un malin plaisir. Miss Stana s’effondra en pleurs, réconfortée par la cuisinière. Elle ne cessait de répéter que toute cette affaire était horrible et qu’elle n’y comprenait rien. Elle quitterait dès que possible cet endroit maudit. Sa voix était à peine audible et hachée par les sanglots. Le majordome s’agaça de l’attitude de la domestique. Tous assurèrent qu’ils étaient ensemble. Ils ne pouvaient rien savoir sur cette nouvelle tragédie.

Le policier n’insista pas et quitta les cuisines. Il croisa en sortant le jardinier. Celui-ci fut faussement surpris.

« Il s’est passé encore quelque chose de tragique ? Quelqu’un a été de nouveau tué ?

-C’est exact. Mrs Duchamp.

-Mrs Duchamp ! Pourquoi ? Elle ne sort presque jamais de ses appartements.

-Elle m’avait avoué avoir vu quelqu’un au moment des deux meurtres mais sans me donner de précision.

-Et vous croyez que c’est moi ?

-C’est une possibilité. Elle connaissait votre liaison. Elle savait pour les meurtres. Il fallait la réduire au silence.

-Pourquoi ? Je n’étais même pas à l’étage.

-Où étiez-vous alors ?

-Je suis resté un instant en cuisine puis je suis allé me changer, comme vous pouvez le voir.

-Vous étiez donc seul.

-Seulement pendant cinq minutes, le temps de changer de vêtements. Si vous croyez que j’ai quelque chose à avoir avec ce meurtre vous vous trompez. OK, j’avais une relation avec Mrs Ellroy mais je ne suis jamais allé à l’étage. Je n’ai rien à voir avec tout cela. Pourquoi l’aurais-je fait ? Vous n’avez rien contre moi. Aucun mobile ni aucune preuve qui pourrait m’incriminer. »

Le jardinier refusa, sans détour, de continuer la discussion. Il partit en direction des cuisines. Midwall n’y porta pas attention, préférant interroger les invités.

Le pasteur Lawrence était resté en compagnie un instant du majordome, pendant que M. Ford s’était absenté de nouveau pour nettoyer une tâche de café qu’il s’était malheureusement faite.

« Combien de temps êtes-vous parti, pour nettoyer cette fameuse tâche ?

-Je ne saurais vous le dire. Peut-être cinq minutes. Peut-être plus. Peut-être moins. Cela ne veut pas dire que j’en ai profité pour tuer Mrs Ellroy-Duchamp. Ni les autres. C’est un véritable drame qui se passe aujourd’hui, n’est-ce pas Monsieur le Pasteur ?

-Oui en effet. C’est horrible. Comment un être humain peut-il commettre de telles choses ?

-Certaines personnes prennent du plaisir à aider les autres, d’autres à leur faire du mal.

-M. le Pasteur, vous étiez seul dans le salon, et vous, M. Ford, vous l’étiez dans la salle de bain.

-Nous ne sommes pas des meurtriers, ni le pasteur, ni moi-même. Nous sommes tous les deux de bonne foi.

-Je n’ai rien dit de tel, M. Ford.

-Je suis resté à peine cinq minutes sans la salle de bain et je suis revenu ici, en compagnie du pasteur.

-Est-ce exact  M.le pasteur ?

-Oui…enfin je crois. Je suis désolé mais je crois que je me suis assoupi un instant. Je n’arrive pas à mettre la main sur mes pilules. Elles m’empêchent de m’assoupir la journée. Ce sont des…comment dit-on déjà ?

-Des vitamines ?

-Voilà des vitamines, c’était le mot que je cherchais. Je suis sûr de les avoir apportés avec moi. J’ai dû les oublier au presbytère. »

Cole Ford, un instant silencieux, précisa qu’il pouvait s’agir du fils, à son humble avis.

« Du fils ? Questionna Midwall. Pourquoi pensez-vous cela ?

-Pour l’héritage. Il tue son père, sa belle-mère et sa grand-mère. L’autre meurtre n’est qu’un faux-semblant. Vous ne croyez pas, Sergeant ?

-Oui, c’est possible. Mais il y a aussi d’autres personnes, à commencer par le jardinier

-Le jardinier, pourquoi ?

-Parce qu’il avait une aventure avec Mrs Ellroy.

-Une aventure ? Mon Dieu ! C’est ignoble ! Cela expliquerait bien des choses. Je suis sûr qu’on l’a tuée pour cela. Elle trompait son mari. C’est un coup du jardinier, j’en suis sûr. Que Dieu m’en soit témoin. Mais rien ne se passe comme prévu. Elle le prend pour un meurtrier. Il ne l’accepte pas et la tue. Et tout s’enchaîne. Le meurtre de Mrs Rooney et Mrs Duchamp. Toutes deux étaient au mauvais endroit au mauvais moment.

-Vous me paraissez bien sûr de vous.

-Oh ! Oui. Je connais la famille Ellroy. Surtout le père. Ne parlons pas du fils, sa réputation le précède. Mais, à mon avis, soit il s’agit du fils, soit du jardinier. Qui d’autre ? Qu’en pensez-vous, M. le pasteur ?

-Je ne sais pas. Je n’arrive pas à y croire. Cela ne peut pas être l’œuvre d’un enfant de Dieu.

Midwall, tout en souriant, dit : « Vous vous trompez, M. le Pasteur. Vous vous trompez. »

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27 novembre 2016 7 27 /11 /novembre /2016 16:06

 

 

Midwall préféra pour l’instant – et même s’il ne cessait de penser à la vieille Mrs Duchamp – interroger le reste du personnel, sans apprendre le moindre fait intéressant. Il se préoccupa de ne pas avancer dans l’enquête.

Il interrogea le reste du personnel, mais il n’en sortit rien de bon. Le Majordome se montra plus qu’agacé, répétant qu’il n’y était pour rien, qu’il était en cuisine – ce qui allait être confirmé par Mrs Edwards. Il s’était montré impassible pendant que le policier l’interrogeait. Miss Stana s’effondra de nouveau en pleurs. La cuisinière assura qu’ils étaient ensemble quand toute cette histoire s’était passée. Elle ajouta avoir vu M. Ford rapporter une tasse de café.

M.Ford confirma ce fait et ajouta qu’il était, le reste du temps, avec le pasteur Lawrence. Ce dernier, pendant l’absence de M. Ford, avait pris la peine de s’intéresser aux quelques livres déposés sur la table basse. Il était resté seul peu de temps. Assez, pensa Harry Midwall, pour tuer trois personnes, car les malheurs arrivent toujours par trois, comme dit le dicton.

Il repensa aussitôt à ce que lui avait raconté Mrs Duchamp. Elle avait vu quelqu’un mais elle préférait garder le secret. Et puis cette histoire de langage des plantes. Le mépris pour M. Ellroy, et la jalousie pour Mrs Ellroy. Il lui manquait encore des informations pour tout comprendre. Il pensa aussitôt que la seule à pouvoir y répondre était la vielle maîtresse de maison. Il lui fallait absolument obtenir des réponses d’elle. Pour résoudre ces meurtres. Enfin, il l’espérait.

 

*

 

Midwall frappa plusieurs fois à la porte de la chambre d’Alicia Ellroy-Duchamp mais n’obtint aucune réponse. Il insista, l’appela mais toujours rien. Il hésita un moment à pénétrer dans la chambre. Il fit quelques pas et regarda en direction du fauteuil. Il voyait à peine la présence de Mrs Duchamp qui restait immobile.

Un mauvais pressentiment submergea Harry Midwall. Il vit sa canne sur le sol. Il appela de nouveau la vielle dame. Aucune réponse. Alors il comprit.

Il s’avança jusqu’au fauteuil. Il avait malheureusement raison. Mrs Ellroy-Duchamp était morte et portait sur elle une queue-de-renard. Il parut désemparé. Jusqu’où cette histoire allait-elle l’emmener ? Il se posa cette question plusieurs fois. La vielle dame connaissait probablement le coupable, ce qui l’avait conduite à sa perte.

Il examina attentivement les lieux mais ne découvrit rien qui aurait pu faire avancer l’enquête. La victime vivait coquettement. Ce fut la seule conclusion qu’il pût en tirer. Il quitta la pièce et ferma la porte.

Cela n’échappa pas à William Ellroy qui venait de sortir de sa chambre. Toujours autant provocateur et désinvolte, il demanda sèchement : « Il y a un problème avec la vieille ? »

Midwall hésita sur ce qu’il pouvait répondre. Son silence suffit.

« Elle a clamsé, c’est cela ? On l’a tuée, elle aussi.

-Oui, on l’a tuée. J’en suis désolé…

-Pourquoi être désolé ? C’était une vieille peau. Elle agaçait tout le monde avec ses coups de canne.

-Vous la détestiez, même s’il s’agissait de votre grand-mère.

-Oui et alors ? Attendez, vous croyez que je l’ai tuée ? C’est n’importe quoi ! Pourquoi l’aurais-je fait. J’étais dans ma chambre, en train de me reposer.

-Autrement dit, vous n’avez pas d’alibi.

-C’est vrai, je n’en ai pas. Mais je ne l’ai pas fait. Je n’avais aucune raison de le faire.

-Elle m’a dit quelque chose d’intéressant. Elle a vu la personne qui était dans le couloir au moment des trois meurtres. Elle savait qui était l’assassin. Et c’est pourquoi elle est morte. Elle a probablement tenté de le faire chanter. Mais elle a trouvé plus fort qu’elle.

-Vous me collez le meurtre de mon père sur le dos. Voilà maintenant que vous voulez me faire porter le chapeau pour les autres. Vous délirez ! Je n’ai tué personne.

-Même pour toucher l’héritage.

-Tuer pour l’héritage ? Je vous l’ai déjà dit tout à l’heure quand vous m’avez interrogé. J’ai trouvé le moyen de me faire de l’argent en vendant les bibelots de cette baraque. Personne n’en savait rien et certainement pas ma grand-mère. Interrogez les autres, mais moi je n’ai plus rien à dire. »

William Ellroy grommela quelques mots et descendit les escaliers.

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20 novembre 2016 7 20 /11 /novembre /2016 13:38

 

 

          Le corps de Mrs Rooney avait été déposé dans sa chambre. Midwall descendit les premières marches de l’escalier quand il fut interpellé par Mrs Ellroy-Duchamp. Le bruit de la canne frappant le sol résonnait dans le couloir, accompagné de quelques mots agacés.

Son appartement donnait une impression grande classe avec son tapis oriental, ses bibelots, ses napperons en fine dentelle, et les photos jaunies dans leur cadre doré, souvenirs de sa jeunesse.

Mrs Duchamp était assise dans un rocking-chair près de la fenêtre donnant sur le parc.

 « Vous voulez me voir, Mrs ?

-A votre avis ? »

Ces quelques mots firent comprendre à Midwall que discuter avec la vieille dame risquait de ne pas être une partie de plaisir. Cette dernière le regarda un instant puis se tourna vers la fenêtre.

« De mon temps, les policiers étaient mieux habillés que cela. Et plus sérieux. Cela fait plusieurs fois que je vous appelle, vous ne m’avez pas entendue ?

-Si, Mrs. Je vous ai parfaitement entendue.

-La bonne éducation se perd. Bon, ce n’est pas pour cela que je vous ai fait appeler. Le majordome m’a appris que Felicia était morte.

-Euh…Oui. Elle a été assassinée.

-Assassinée ? Tiens donc. Cette garce avait le culot de tromper mon fils. Avec le jardinier. Vous vous demandez comment je le sais. Ce n’est pas parce que je suis une vieille femme, que je ne sais rien. Je sais tout ce qui se passe ici. Ils se faisaient les yeux doux. Un jardinier qui emprunte le couloir, ce n’est pas pour arroser les plantes. Vous voyez ce que je veux dire et j’espère que vous ferez le nécessaire.

-Je ne peux pas faire grand-chose. Rien n’interdit d’avoir une aventure.

-Je pense que si. J’exige que vous me débarrassiez de lui. Par tous les moyens. Trouvez un prétexte. Mais je ne veux plus le voir ici. Vous comprenez ?

-Je vais essayez…

-Essayer ? On n’essaye pas ici. On fait. Vous comprenez ?

-Je comprends parfaitement. J’espère que l’on vous a prévenu pour les autres.

-Les autres quoi ? Ah ! Vous parlez des autres décès. Ce manoir est un véritable champ de bataille et vous n’avez pas réussi à empêcher cela. Si vous faisiez parfaitement votre travail, cela ne se serait pas produit. »

Elle s’arrêta un moment. Elle continua d’une voix plus posée. Plus tremblante.

« Ma pauvre Mary. Une véritable tragédie que de la perdre. Elle savait s’occuper de moi. Elle me prêtait attention. Ce n’est pas comme ces incapables qui m’ignorent. Que Dieu ait son âme. Ma chère Mary. Personne ne pourra la remplacer. Elle était la nourrice de la famille, vous le saviez sans doute. Elle a élevé cet ingrat de William. Toujours prêt à dilapider l’argent de la famille. Je regrette qu’il soit né. Un véritable désastre, cet enfant. Mary a tenté de l’éduquer correctement et voyez le résultat. Ce fut un échec. Il lui tenait tête. On l’a corrigé plusieurs fois mais sans succès. Quand on manque de discipline, il faut frapper fort, n’est-ce pas ?

-Oui…je…

-Mais ma pauvre enfant…Que le Diable emporte celui qui l’a tuée !

-Celui ? Vous pensez qu’il s’agit d’un homme ?

-Oui, c’est un homme. J’ai de l’instinct et une vue suffisante pour voir ce qu’il se passe dans le couloir.

-Vous pensez à qui ?

-A vous de le trouver. Je ne vais pas vous mâcher tout le travail. Vous êtes un policier. C’est à vous de le découvrir. »

Elle se tut aussitôt. Quelques secondes passèrent quand elle s’agaça de nouveau.

« Vous êtes encore là ? Vous croyez que c’est en restant ici que vous trouverez l’assassin. Et vous êtes de la police ? Mon Dieu ! »

 

*

 

Midwall souhaita immédiatement s’entretenir avec Marvin Harley, le jardinier. Il demanda à Philip, le majordome de le prévenir. Ce dernier eut un sourire forcé comme réponse.

Marvin n’avait pas pris la peine de se changer. Avec désinvolture, il s’assit dans un des fauteuils et sortit une cigarette.

« Vous voulez me parler ?

-Je souhaitais vous parler de Mrs Felicia Ellroy. Elle a été assassinée.

-Assassinée.Felic…Mrs Ellroy. Non ! Mais pourquoi ?

-Je vous le demande.

-Moi ? Mais je…je n’ai rien fait. Ce n’est pas possible !

-Vous avez un mobile pourtant.

-Un mobile ? Quel mobile ?

-Vous l’aimiez. Vous l’aimez toujours. Mais elle ?

-Qu’est-ce que vous me chantez là ? C’est n’importe quoi ! Je n’ai aucune aventure avec elle.

-Si. J’en ai la preuve. J’ai trouvé une lettre que vous lui avez écrite, il y a quelques semaines et qu’elle a conservée. Vous voulez que je vous la lise ?

-Ce n’est pas nécessaire. Nous nous aimions, confessa Harley. Depuis le premier jour. Nous avons tout fait pour garder notre amour secret. Bien sûr, il nous arrivait de nous quereller mais nous ne pouvions vivre l’un sans l’autre. Personne n’était au courant. Personne. Mis à part cette vieille bonne femme.

-Vous voulez parler de Mrs Ellroy-Duchamp ?

-Oui. Veuillez m’excusez, mais je n’ai plus rien à vous dire. J’ai du travail à faire.

-Encore une chose. Mrs Rooney a également été assassinée.

-Mais qu’est-ce que vous me chantez-la ? Vous me dites que Felicia est morte et maintenant vous me dites que c’est Mrs Rooney.

-Elle a également été assassinée.

-Et que voulez-vous que je vous dise ?

-Vous ne semblez pas tellement affecté par sa mort.

-Je ne l’appréciais pas, elle non plus…Mais cela ne veut pas dire que je l’ai tuée. Si vous avez fini…

-On a retrouvé une châtaigne sur le corps de Mrs Ellroy. En plus du basilic retrouvé sur son mari. Cela doit bien avoir une signification particulière. »

Laquelle ? se demanda-t-il, Mrs Duchamp….

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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 20:04

 

« Qui a crié ? Mon Dieu, mais c’est Mrs Rooney ! »

Philip regarda Midwall d’un air troublé.

-Qui était Mrs Rooney ?

-C’était la nourrice de la famille. Puis elle est devenue la dame de compagnie de Mrs Ellroy-Duchamp, la mère de feu M.Ellroy. Que lui est-il arrivé ?

-Elle a été étranglée.

-Etranglée ? Seigneur Dieu ! Qui a pu commettre un tel acte ? C’est affreux !

-S’il vous plaît, M.Philip, avez-vous croisé quelqu’un en venant de…D’où veniez-vous, au fait ?

-Je venais de la cuisine. Mais si je peux me permettre, il faudrait prévenir Mrs Ellroy-Duchamp...ainsi que Mrs Ellroy.

-Il est curieux que toute cette agitation n’ait pas intrigué Mrs Ellroy. Elle s’était retirée dans sa chambre depuis la mort de son époux, je crois. Je vais l’interroger. Elle pourra peut-être me fournir des informations. Quant à cette Mrs Ellroy-Duchamp, je préfère la voir plus tard. »

 

Harry Midwall suivit le majordome jusqu’à la chambre de Mrs Ellroy. Philip frappa plusieurs fois à la porte. Pas de réponse.

« Ce n’est pas normal, s’inquiéta-t-il. A moins que Madame n’ait pris un somnifère…Mais tout de même, c’est étrange… »

Le Commissaire entra dans la chambre, le majordome sur ses pas. Il appuya sur l’interrupteur. Mrs Ellroy semblait dormir. Il s’approcha du lit. Elle était immobile, le visage figé. Un coussin avait été placé à côté d’elle, bien en évidence et une châtaigne était posée sur sa poitrine.

« Elle est morte, M.Philip. »

Philip parût perturbé. Même s’il avait vainement tenté de n’en rien laisser paraître.

Midwall fit signe au majordome de sortir et de ne pas souffler mot aux autres. Il regarda autour de lui, réfléchissant à ce qui venait de se produire. Mrs Ellroy venait d’être étouffée. Pour un mobile qu’il ne connaissait pas encore.

Il ne put détacher, un court instant, ses yeux de la victime. Elle était d’une grande beauté, encore jeune ; beaucoup plus que son mari. Ses cheveux blonds restaient étrangement peignés. Son visage avait gardé les traces d’un maquillage soigné.

Le luxe de sa chambre supposait qu’elle profitait grandement de la richesse de son mari. William Ellroy avait sans doute raison à ce sujet. Ce n’était pas un mariage d’amour. Quoique. Sur un des murs, était accroché un tableau. Un Rembrandt. Il se demanda combien il pouvait coûter. Une fortune, certainement. Un secrétaire, de style victorien, juste à côté de la fenêtre, attira l’attention de Midwall. Rien ne paraissait avoir été déplacé.

Midwall fouilla les tiroirs. Des papiers de toutes sortes, des factures de bijouterie, de magasins de vêtements ou de chaussures. Rien de bien intéressant. Dans un des tiroirs qu’il eut beaucoup de mal à ouvrir – il trouva une boîte contenant des bijoux. Un collier de perles, plusieurs paires de boucles d’oreilles en or et des bagues serties de pierres précieuses.

Ce n’est pas une histoire de vol. Pour quelle raison, alors ? pensa le Commissaire.

Il remarqua que la boîte avait un double-fond. Un petit mécanisme permettait de l’ouvrir. Une lettre. Il la déplia et lut les premières lignes. Aussitôt, il comprit.

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6 novembre 2016 7 06 /11 /novembre /2016 13:18

 

 

 

William Ellroy avait tout du provocateur. Arrogant et insolent de surplus. Allongé sur son lit, il leva à peine les yeux quand Harry Midwall pénétra dans sa chambre.

« Je suis…

-Je sais. Vous êtes le sergeant Midwall. Je n’ai pas arrêté d’entendre parler de vous en cuisine. Le moins que l’on puisse dire, c’est que vous leur avez fait une forte impression. Je pense que vous voulez me poser des questions sur la mort du vieux. C’est bien pour cela que vous êtes venu me voir, non ? Allez-y, je n’ai rien à cacher.

-Où étiez-vous quand votre père est mort, vers huit heures ?

-Je ne sais pas. Dans ma chambre, je présume.

-Vous présumez ?

-Je n’ai pas l’œil collé sur ma montre ! Je me suis un peu baladé dans le manoir. Je suis resté un moment dans la bibliothèque, à la recherche d’un livre.

-Lequel ?

-Je ne vous suis pas.

-Quel livre avez-vous cherché ?

-Un livre d’Edgar Allan Poe. Le…le Triomphe d’un taxidermiste. Et je suis remonté dans ma chambre.

-Quels rapports entreteniez-vous avec votre père ?

-Avec mon vieux ? Il me détestait, je le détestais. C’est aussi simple que cela. Son mariage avec ma folle de belle-mère n’a rien arrangé. Si vous voulez mon avis, c’était une véritable erreur de se marier avec elle.

-Parce que c’est une arriviste ?

-Vous me semblez parfaitement au courant, Commissaire. C’est une profiteuse. Je suis sûr qu’elle a épousé mon père pour l’argent.

-Pourtant, son argent vous a été toujours bien utile. Il vous a sorti d’affaire à chaque fois, je crois.

-Cela n’a rien à voir, Sergeant Mid…den1*.

-Midwall.

-Sergeant Midwall, il tenait trop à l’honneur de la famille.

-A mon avis, c’est à ce sujet qu’il vous a fait venir dans son bureau.

-Vous êtes au courant de cela, aussi. J’ai eu droit à une leçon de morale. Toujours la même. Avant d’être dépensé, l’argent doit être gagné honnêtement. Honnêtement ! Faites-moi rire ! Le vieux était un véritable requin en affaire. Aucune pitié. Mais croyez-moi, je n’ai pas tué le vieux.

-Etiez-vous au courant qu’il voulait vous déshériter ?

-Je savais qu’il avait fait un testament, mais je ne savais pas que j’en étais le bénéficiaire, encore moins qu’il voulait me déshériter. Et au profit de qui ?

-Je ne saurais vous le dire. Il s’agissait d’une lettre à son notaire mais il n’a pas spécifié le nouveau bénéficiaire.

-Je suis sûr que… »

 

*

 

Le majordome interrompit la discussion. Il déclara : « M.le Commissaire, vous êtes demandé au téléphone par la police de Bodmin. »

« Midw…ici…Wyatt…mauvaise nouvelle…impossible d’amener…renforts

-Ecoutez, Wyatt…Wyatt, vous m’entendez ? »

Les grésillements et les coupures rendaient la discussion plus que difficile. Midwall ne savait pas quelle manière utiliser bien se faire comprendre. Il se résigna à répéter jusqu’à en recevoir l’écho.

-Vous m’enten… ?

-Oui, je…entends…coupures…Devrez…sans nous…désolé…entendez…déso… »

Un cri éclata au premier étage suivi de ce qui semblait être un appel au secours.

 

*

 

Il ne fallut pas longtemps à Midwall pour comprendre qu’un nouveau drame venait de se produire. Il raccrocha le téléphone et se précipita vers l’escalier, maudissant cette nuit sans fin.

Atteignant la dernière marche, il se figea, déconcerté.

« Ce n’est pas possible ! Qu’est-ce que… 

-Mais que se passe-t-il ? Que se passe-t-il ? Dites-le moi ! »

La voix autoritaire d’une femme âgée résonnait dans le couloir, entrecoupée par des coups de canne intempestifs.

Midwall, préoccupé, n’y fit pas attention.

Un corps était allongé sur le sol dans une posture étrange. Une femme aux yeux écarquillés remplis d’effroi. Les marques qu’elle portait sur le cou suggéraient une mort par strangulation. Sa tenue soignée et ses cheveux blancs permanentés n’évoquaient pas une domestique.

On se croirait dans un mauvais roman, songea le policier.

« On ne peut jamais être tranquille ici ! Ce n’est pas possible, s’exclama William Ellroy sortant de sa chambre. Qu’est-ce-que vous …. Nous voilà bien ! Encore un mort ! Cette maison est maudite ; ce ne sont pas des fantômes qui hantent les lieux mais des cadavres. Quelle farce ! Tiens, mais c’est cette vieille peau de nourrice ! Bon débarras ! »

Sifflotant, il fit demi-tour et claqua sa porte derrière lui.

 

 

1* Tas de fumier

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30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 13:49

 

Le majordome sortit du salon quand il fut interpellé par Midwall. Son regard était rempli, non d’inquiétude, mais de mécontentement.

« Je dois tout faire dans cette maison. Mrs Fortew a été incapable de s’occuper correctement des invités.

-Du pasteur Lawrence et de Monsieur…

-M.Ford.

-M.Ford. On m’a dit que vous êtes allé voir la victime plusieurs fois dans son bureau. Est-ce exact ?

-Oui mais je ne vois pas en quoi cela concerne le meurtre de Monsieur. Il était encore en vie quand je l’ai quitté. Et en forme.

-Que voulez-vous dire par en forme ?

-Ce que je veux dire c’est que, Monsieur ne trouvait pas sa pipe et il m’avait chargé de la retrouver, je n’ai pas réussi à remettre la main dessus. Ce qui est étrange. Monsieur ne s’en séparait jamais. Quand je suis revenu lui dire que la pipe était introuvable, il ne l’a pas supporté. Il m’a dit Philip vous m’avez déçu. Mais Monsieur était tout de même quelqu’un de très bon. Jamais il ne disait un mot de travers. C’était un homme très respectable et respecté. Il m’a ensuite chargé de faire venir son fils.

-Vous a-t-il dit pour quel motif ?

-Non, mais il semblait encore de plus mauvaise humeur.

-Oui, je comprends. J’ai entendu dire qu’il était plutôt sévère et qu’il s’emportait facilement. Mrs Edwards me l’a certifié. Mais je ne crois pas qu’il soit nécessaire de me dire que vous détestez Mrs Edwards. Elle me l’a bien fait comprendre. »

Le majordome se mit à penser Cette vieille rombière finira par me rendre fou.

 

Le pasteur Lawrence était quelqu’un de tout à fait amical et plaisant. Il fit de son mieux pour aider le policier. Les quelques détails qu’il donnait n’était pas d’une grande utilité, mais Midwall n’en satisfit. Il ne connaissait pas vraiment George Ellroy. Il avait été même surpris de recevoir une invitation. Une invitation protocolaire, finit-il par lâcher.

Il se tourna vers Cole Ford, occupé à regarder le feu de la cheminée.

« Nous sommes restés, les deux, dans le petit salon, en attendant le dîner…mais, M.Ford s’est absenté un petit moment, pour…pour aller dans la salle de bain.

-M.le Pasteur a raison. Je me suis absenté, juste pour des… affaires personnelles, disons. 

-Je vois parfaitement ce que vous voulez dire. Quels étaient vous rapports avec la victime ?

-Nous étions des partenaires. Nous avons fondé notre banque tous les deux. La Ellroy&Ford Bank.

-Et en quoi consistait votre travail ?

-En fait, pas grand-chose. Mais j’étais bien payé. M.Ellroy prenait les décisions, mais cela me paraissait normal. Il s’y connaissait plus que moi. Il avait dépensé pas mal d’argent, plus que moi. C’est pourquoi je l’ai laissé gérer la banque.

-Et sa mort vous permet de prendre seul les décisions.

-Oui, c’est vrai. Mais….

-M.Ford ?

-Je ne sais pas, c’est peut-être une idée ; mais M.Ellroy me paraissait préoccupé la dernière fois que je l’ai vu.

-Quand était-ce ?

-Il y a deux jours. A la banque. Il m’a dit qu’il souhaitait modifier son testament. Il voulait déshériter son fils. Et voilà qu’il est mort. Je ne sais pas comment je vais faire pour gérer la banque. Nous allons tous le regretter.

-Oui, quelle lourde perte ! compatit le Pasteur en soupirant. 

-Je suis au courant pour le testament. Il écrivait à son notaire quand il a été tué. Connaissez-vous le bénéficiaire de ce nouveau testament ?

-Non, je suis désolé. Comment le pourrais-je ?

-En effet, comment le pourriez-vous. »

 

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23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 11:29

 

Le majordome avait une nouvelle fois remplacé Mrs Fortew auprès des deux invités. Midwall jugea opportun de l’interroger dès qu’elle sortit du petit salon. Elle sourit à peine quand le sergeant se présenta à elle. Elle parut peu bavarde mais le peu qu’elle dit se révéla bien utile.

« Mrs Fortew, Monsieur Ellroy se trouvait dans son bureau en fin d’après-midi ; avez-vous vu quelque chose d’inhabituel ?

-Non. Rien. Mis à part que Philip est allé voir le Maître.

-Quelle heure était-il ?

-Je ne saurais vous le dire. Mais le Maître semblait furieux.

-Pour quelle raison ? »

La domestique parût choquée.

« Je ne suis pas du genre à écouter aux portes. Je suis allée voir Mrs Ellroy dans ses appartements, pour avoir son avis sur le dîner.

-Et ensuite ?

-Ensuite, je suis retournée en cuisine pour aider Mrs Edwards.

-Monsieur Ellroy était-il toujours aussi…furieux envers le majordome quand vous êtes partie ?

-Oui. Mais pas contre Philip. Contre son fils. Et je n’ai rien entendu…enfin, ce que je veux dire, c’est ce que je n’ai pas fait attention à ce qu’ils se disaient. De toute façon, cela ne me regardait pas.

-Je comprends, Mrs Fortew. Je vous remercie. »

 

En repartant vers le petit salon, il croisa un jeune homme mal habillé et particulièrement boueux. Il était de grande taille et assez séduisant, sous toute cette saleté. Il avait le sourire sur le bout des lèvres. Midwall en déduisit – ce n’était pas si difficile que cela – qu’il s’agissait du jardinier.

« Sergeant Midwall. Vous devez être le jardinier, je présume.

-Oui, je suis le jardinier. Je m’appelle Marvin Harley. J’ai appris que M.Ellroy était mort.

-En effet. Qui vous appris cela ?

-Tout se sait rapidement ici. Mais si vous voulez le savoir ; je l’ai appris par Mrs Edwards, la cui…

-La cuisinière, je sais. Vous ne semblez pas bouleversé par sa mort.

-Pourquoi le serais-je ? Ce n’était qu’un vieux râleur, jamais satisfait et qui payait mal en plus.

-S’il vous payait mal, pourquoi travailler ici ?

-Où voulez-vous que je trouve un travail ? Quitter le manoir…c’est à vos risques et périls.

-A vos risques et périls ?

-Il avait la main longue, le Maître. Il pouvait détruire la carrière d’un homme en un seul claquement de doigts. C’est ce qui a permis à son cr…à son fils de ne jamais finir en prison. Il sait, enfin, il savait utiliser son influence.

-Oui, je suis au courant. Où étiez-vous vers huit heures ?

-Vous m’accusez d’avoir tué le Maître ? C’est bien mon jour ! Mais je vais tout de même vous le dire. Nu-lle-part. J’étais tout seul. Parfaitement seul. Et je n’ai rien à me reprocher.

-A vous reprocher ?

-Je sais ce que vous vous dites. Mais je n’ai rien fait.

-Vous pourrez donc m’expliquer certaines choses. J’ai découvert dans le nez de M.Ellroy des feuilles de basilic.

-Du basilic ? Je ne comprends pas ce que j’ai à voir avec cela.

-Vous êtes le jardinier. Je pensais que vous pourriez me dire ce que cela peut signifier pour vous.

-Pour moi ? La bonne blague ! Le basilic…on s’en sert pour cuisiner, ou…c’est peut-être une histoire de symbolisme.

-De…symbolisme ?

-Toutes les plantes ont une signification. Le basilic signifie le mépris. Selon moi, votre meurtrier haïssait assez le Maître, pour faire cela. Vous ne croyez pas, Sergeant  ? »

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16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 20:06

 

Le majordome conduisit le sergeant Midwall jusqu’à la cuisine, empruntant un dédale de couloirs et corridors. Midwall prit soin de repérer chaque détail des lieux, pour ne pas se perdre. Il pourrait toujours demander au majordome de l’accompagner. Ou s’abstenir.

La cuisine se révéla plus grande qu’il ne l’avait imaginée, et d’un ordre méticuleux. Un escalier en colimaçon permettait d’accéder aux chambres des domestiques. Une porte fraîchement repeinte frémissait sous l’effet de la tempête.

Miss Stana était assise près du fourneau. Elle murmurait quelques mots – peut-être dans sa langue maternelle – qui restaient pour le moins incompréhensibles. La cuisinière, Mrs Edwards tentait de la calmer.

« Il serait grand temps que Miss Stana reprenne ses esprits, critiqua le majordome. Le sergeant Midwall voudrait lui poser quelques questions sur le meurtre de Monsieur.

-Vous et votre délicatesse de majordome, rétorqua la cuisinière. Vous n’êtes qu’un simple employé. Inutile de prendre vos grands airs !

-Vous êtes trop aimable, feinta-t-il. Je m’en souviendrai. »

Le sergeant adressa ses remerciements à Philip et l’autorisa à retourner auprès des invités.

« Nous voilà enfin débarrassés de ce vieux grincheux, soupira Mrs Edwards. »

Midwall dévisagea cette femme au franc parler. Ses cheveux étaient tirés en arrière et rassemblés en un chignon serré. Son caractère bien trempé se reflétait sur son visage énergique, et son regard strict.

« Vous êtes Mrs…

-Mrs Edwards. Nita Edwards. Je suis la cuisinière de la famille Ellroy depuis de nombreuses années. Je ne sais plus depuis combien de temps…Oh ! Ça doit faire une bonne vingtaine d’années. Si j’avais pu imaginer ce qui allait se passer…J’étais ici à préparer le dîner depuis au moins deux heures, avec Mrs Fortew et Stana.

-Je vous demande pardon, mais qui est Mrs Fortew ?

-Angela Fortew est l’une des domestiques. Avec Miss Stana.

-Et donc vous prépariez le dîner…

-Oui. J’étais ici quand on m’a prévenu de la mort de M.Ellroy.

-Prévenu ? Qui vous a prévenu ?

-Miss Stana. Enfin presque. »

Midwall était dubitatif. Il ne comprenait pas. Pas vraiment.

« Je ne comprends pas.

-Oh ! Excusez-moi. Je me suis mal exprimée. Quand elle, Miss Stana je veux dire, est venue ici tout affolée. Elle m’a dit que quelqu’un était mort. Enfin j’ai compris que quelqu’un était mort. Et qu’il s’agissait de M.Ellroy.

-Que pensez-vous de lui ? De M.George Ellroy, je veux dire.

-Pas mieux que les autres. Un caractère intransigeant et autoritaire. Il n’était aimé de personne. A commencer par son fils. Ils se disputaient constamment. Il faut dire que le fiston n’est pas facile à vivre. Toujours à faire les quatre cents coups. Il s’est même fait arrêter plusieurs fois par la police, c’est vous dire !

-Pourtant, il n’a pas été inquiété.

-Parce que son père le sortait toujours d’affaire, pour éviter le scandale. Même ses relations avec Mrs Ellroy-Duchamp…

-Mrs ?

-C’est sa mère. Alicia Ellroy-Duchamp. Elle quitte rarement sa chambre et elle est toujours en compagnie de Mrs Rooney, l’ancienne nourrice de la famille. J’ai entendu dire que c’est elle qui est propriétaire du manoir, depuis la mort de son époux. Elle n’a jamais accepté le second mariage de son fils. Il faut dire que sa belle-fille est une…profiteuse, une…

-Une arriviste ?

-Oui, une arriviste. Elle est bonne comédienne, vous savez. Elle fait croire à tout le monde qu’elle l’aime mais en fait, elle l’a épousé pour son argent. Excusez-moi, mais la cuisine n’attend pas. »

Midwall ne sut quoi dire sur le moment. Puis, se tournant vers la jeune Stana, il demanda à cette dernière, avec un ton compatissant, de répondre à quelques questions. Elle accepta de répondre du mieux qu’elle pourrait.

« Miss Stana, je sais que vous vivez des moments difficiles mais pouvez-vous me raconter le déroulement des évènements de ce soir ?

-Je voulais prévenir M.Ellroy que le dîner allait être servi. Il fallait qu’il soit prêt pour 8 heures. Il était très à cheval sur les horaires. Il n’acceptait aucun retard.

-Et si cela arrivait ?

-Oh ! Mon Dieu ! Il vaut mieux ne pas y penser. Il faut dire que le maître n’avait aucune patience. Il pouvait se mettre en colère si l’on avait le malheur de le faire attendre. Il ne fallait surtout pas chercher d’excuse sous peine de perdre sa place.

-J’ai frappé plusieurs fois à la porte du bureau pendant cinq bonnes minutes mais je n’ai pas entendu de réponse. Alors je suis entrée et c’est là que j’ai vu…que je l’ai vu, dans son fauteuil... »

Stana se remit aussitôt à pleurer.

 

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